
Guerre en Lybie
(…) Les « démocraties » occidentales, qui jusqu’à présent aimaient bien les dictateurs (surtout s’ils avaient du pétrole ou de l’uranium à vendre, et des armes à acheter), se découvrent soudain une fibre quasi révolutionnaire, et se préoccupent du sort des « peuples souverains ». Si ce n’était pas si triste, il y aurait vraiment de quoi rire…
Sarkozy a oublié soudain que la France a fait partie des pays qui ont reçu Khadafi en grande pompe, qui l’ont armé, l’ont conseillé, et lui ont bel et bien donné les moyens de se battre contre son propre peuple. C’est juste parce qu’il a refusé qu’on ne lui a pas fourgué nos Rafales…
En Italie, on a fait encore mieux, on s’est appuyé sur la Libye pour « stopper le flux des immigrants africains ». Avec la bénédiction de Bruxelles… Et tant pis si ces migrants se sont retrouvés à la case prison là-bas. L’Europe ne parlait pas des droits de l’homme, à ce moment-là. Ces hommes là n’avaient pas de droits…
Et ce n’est pas si vieux non plus, le temps ou nos ministres fricotaient avec les dictateurs, c’était la semaine dernière, en Égypte, en Tunisie, et ça continue avec les Émirats, avec le Maroc…
Bref, les « droits de l’homme » ont bon dos, ou plutôt, sont à géométrie variable. Quand Khadafi massacrait les islamistes, un grand silence régnait. Faut dire que ce n’étaient que d’abominables barbus, qui méritaient bien de finir torturés dans les geôles libyennes…
Donc, on va « y aller » non pas pour les « droits de l’homme », mais contre Khadafi, qu’il s’agit de remplacer par quelqu’un de plus souple, même si le big boss prétend « lui laisser une porte de sortie diplomatique ».
On ne va pas remonter à la préhistoire, mais quand même… On a pieusement oublié le Chili de Pinochet que les amerlocains considéraient comme un modèle économique… Comme le disait Milton Friedman : « Ce qui compte vraiment dans le dossier chilien (sic) c’est que la libéralisation des marchés a donné naissance à une société libre. » C’est toujours vrai.
Ben oui, on pourrait remonter très loin dans le temps… En Indonésie, également, ou les amerlocains ont mis Suharto au pouvoir, un autre démocrate, celui-là…
- Alors curieusement, il est aujourd’hui autrement moins urgent « d’intervenir », disons, en Côte d’Ivoire, où ce bon Gbagbo aurait massacré ses opposants, et commis des « crimes contre l’humanité ». 30 morts, rien qu’hier…
Interrogé hier soir sur le jité de la 2, l’inénarrable Juppé a d’ailleurs botté en touche sur la question ivoirienne … Un hasard, sans aucun doute.
- Pas urgent non plus d’aller remettre les pendules à l’heure auprès du gouvernement israélien, qui crache à la gueule de la « communauté internationale » depuis cinquante ans. Faut dire, qu’Israël, il paraît que c’est « la seule démocratie du Proche-Orient ». Enfin, pour les juifs, parce que pour les arabes… Personne n’est « intervenu » quand 1400 civils palestiniens ont été tués par des bombes au phosphore lors de l ’opération « Plomb durci à Gaza… Notre Ministre des Affaires Etrangères, j’ai nommé BHL, était même entré triomphalement à Gaza, sur un char israélien… Ces gens là n’ont pas de pudeur.
- Personne non plus, quand l’armée américaine est allée pilonner l’Irak et l’Afghanistan, « préventivement », pour aller chercher des armes de destruction massive chez le père Saddam, armes qui n’ont (là-aussi, un hasard) jamais été découvertes … Et combien de victimes civiles, pardon de « dommages collatéraux » ? 100 000 ? 200 000 ? Pfff… des barbus, des talibans, des terroristes. Et puis, c’était pour aller « libérer les femmes ». Celles d’Arabie Saoudite peuvent bien patienter un peu, leurs seigneurs et maîtres ont du pétrole, et sont très potes avec la famille Bush… Surtout la famille Ben Laden.
- Pas urgent non plus d’aller secouer les puces à ce grand démocrate qu’est Vladimir Poutine, qui continue d’apprendre la démocratie à grands coups de pied au cul aux tchétchènes et autres terroristes.
- Personne ne va pas non plus au Bahreïn et au Yémen. Où pourtant, là aussi, les cadavres s’accumulent. Dans le silence médiatique. Au Bahreïn, où, contrairement à la Libye, les manifestants sont réellement désarmés… Et où l’armée saoudienne va prêter main-forte aux copains.
Au Yémen, cette semaine, plusieurs dizaines de morts, et des manifestants (vraiment) désarmés…
Affrontement à Sanaa, 46 morts le 17 mars 2011
Et c’est pareil au Bahrein.
Voilà ce qu’écrit l’ancien diplomate britannique Craig_Murray dans un article intitulé « L’invasion du Bahreïn» :
« …Un haut diplomate d’une mission occidentale aux Nations Unies à New York, que je connais depuis plus de dix ans et en qui j’ai confiance, m’a dit qu’en fait la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a donné son feu vert pour l’entrée des troupes afin d’écraser la démocratie dans le Golfe, en guise d’échange de bons procédés avec la Ligue Arabe qui a soutenu l’intervention occidentale en Libye. … »
« Mais le terrible outrage des cheiks arabes sera passé sous silence en Occident parce que ce sont « nos » fils de pute (allusion à la célèbre phrase d’un président US en référence à un dictateur sud-américain « c’est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute » – NdR), ils hébergent « nos » troupes ; ils achètent « nos » armes – et ils « nous » vendent du pétrole. … », « J’espère que les derniers évènements vont faire prendre conscience à ceux qui ont été dupés à soutenir l’intervention occidentale en Libye, ceux qui croient que les dirigeants des armées occidentales sont motivés par des préoccupations humanitaires. … »…
Révélateur, non ?
Et il poursuit :
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